Pharmacy and herbal lore were parts of the classical Dioscorides’ Greek common heritage and of the traditional african medicine
Philippe Brosse Vanité aux framboises
La Botanique avant le Species Plantarum de Linné de 1753.
  • Auteur : Jacques Mugnier
  • Publication : agroservices.fr
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  • Taille : 0 Mo
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Résumé

     Vanitas vanitatum et omnia vanitas [«Vanité des vanités, tout est vanité.» Écclésiaste, 1.2]

       C’est de cette citation de l’Ecclésiaste que les tableaux des vanités tirent leur conception et leur titre. Les vanités ou « memento mori » (« Souviens toi que tu vas mourir ») illustrent, de façon symbolique, le thème philosophique de l’impertinence de l’homme. Elles dénoncent également la relativité des connaissances et la représentation des activités humaines telles que le savoir ou la science. Ce sont des natures mortes, des allégories ou encore des images de Saints qui représentent l’inéluctabilité de la mort, la futilité des plaisirs ou encore la fragilité des biens terrestres. Les crânes sont l'élément central des vanités. Posés à côté des vanités, des fleurs fanées, des fruits pourrissants, des bougies éteintes, des fleurs fanées, des fruits pourrissants, des verres vides, des chandelles consumées, des sabliers, des luths, des violons aux cordes rompues, ou encore des framboises dans la peinture de Philippe Brosse, renforcent le message. Picasso, Braque, Dali, Warhol ont tous peint des vanités. Les vanités de Picasso, Braque et Cézanne, ou celles du Caravage et de Zurbaran sont la propriété de collectionneurs privés, le public ne les a jamais vues.  

La vanité aux framboises du peintre Philippe Brosse dénonce l’oubli des découvertes en Botanique antérieures au Species Plantarum de Linné de 1753.  

     La lecture de Familles des Plantes (1763) et l’analyse de l’herbier des plantes du Sénégal de Michel Adanson conservé au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris révèle l’extrême antagonisme qui opposait Adanson et Linné. La nomenclature linnéenne, en ignorant les noms locaux souvent fondés sur l’usage ou l’aspect, instaure un des enjeux de la controverse qui a opposé ces deux  botanistes. Adanson reproche à Linné de vouloir imposer une nomenclature européenne aux plantes découvertes dans les nouvelles contrées, et il voit dans cette attitude une manière de nier l’existence d’un savoir local. En proposant une nomenclature basée sur l’utilisation des noms locaux, Adanson prend le contre-pied de la nomenclature linnéenne, faite en latin. En contrepartie, Linné écrivait sobrement, à un de ses correspondants, à propos des théories d’Adanson : « de n’avoir rien vu de plus stupide. Tous mes nomina plantarum generica (noms de genres en latin) ont disparu et sont remplacés par des noms des îles de Malabar, mexicains et brésiliens, africains, que nos langues ne nous permettent pas de prononcer. » [respectivement, les noms de van Rheede en Indes, de Plumier en Amérique, et les noms wolofs d’Adanson au Sénégal]. Les théories d’Adanson n’ont pas prévalu et ce sont celles de son rival suédois qui seront à l’origine de la nomenclature scientifique moderne. La Loi de priorité de la Nomenclature en Botanique, admise aujourd’hui, rejette avec ingratitude dans la synonymie, c'est-à-dire dans l’oubli tous les noms antérieurs au Species Plantarum de Linné (1753).  

Mais comment appliquer à la lettre les règles de Linné à une science aussi mouvante et ignorante de tant de plantes inconnues des botanistes européens, sans aboutir à des bouleversements sans avantage ou à des extravagances, souvent même à d’inadmissibles injustices, en ce qui concerne surtout la nomenclature générique. Certes, nous reconnaissons la nécessité de règles (loi de priorité, méthode de type de nomenclature), mais nous les concevons plus empreintes de bons sens et d’esprit de justice, en abandonnant l’automatisme rigide du mécanisme mal réglé de la Loi de priorité de 1753. Sans égard, en effet, à l'iniquité criante qu'elle constitue vis-à-vis des anciens botanistes, la nomenclature actuelle a ainsi effacé la trace de tant de brillantes découvertes (les Auteurs anciens comme Dioscoride, les travaux de Cornut et de Fuchs et bien d’autres, les botanistes-voyageurs comme Plumier en Amérique, Tournefort au Moyen-Orient, van Rheede sur les côtes de Malabar en Inde et Adanson au Sénégal). Cette VANITE AUX FRAMBOISES qui est une compilation des œuvres de ces éminents botanistes aura peut-être aussi le mérite de réduire à leur juste valeur la plupart des hautes prétentions de Linné, qui n’est souvent qu’un copiste habile des découvertes des autres qu’il a le tort de passer sous silence ou de les ignorer totalement.

Réf. Michel Adanson. 1763. Familles des Plantes. La Vanité des Botanistes. p. 129. http://adanson.free.fr/famille_plantes/livre.pdf